Daniel Auner

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Projet

Ludwig van Beethoven : les secrets de son Concerto pour violon op. 61

La partie soliste alternative, d’après le manuscrit du compositeur.

Le Concerto pour violon op. 61 de Beethoven compte aujourd’hui parmi les œuvres les plus jouées pour violon et orchestre ; ce fut la première pièce que j’ai travaillée au début de mon master au Mozarteum de Salzbourg avec le professeur Igor Ozim. Celui-ci parvint, je ne sais comment, à obtenir une copie du manuscrit et l’apporta un jour en cours.

J’ai découvert qu’un fac-similé avait paru dans les années soixante, reproduisant avec une grande précision toutes les inscriptions du compositeur. Lorsque j’ai reçu mon premier — et de loin pas mon dernier — engagement pour jouer ce concerto avec orchestre symphonique, en Albanie avec le Radio Philharmonic Orchestra, j’ai commencé à comparer minutieusement l’édition Urtext habituelle avec le manuscrit.

Malheureusement, les éditions Urtext commettent elles aussi beaucoup d’erreurs. Si vous remontez, pour les sonates et concertos de Mozart, des éditions courantes jusqu’au manuscrit et à la première impression, vous seriez très vite déçu de leur exactitude. Les éditeurs ajoutent des nuances là où ils les jugeaient pertinentes, sans signaler qu’il ne s’agit pas d’indications du compositeur. Les appoggiatures aussi sont modifiées. J’avais déjà examiné cela lors de l’enregistrement de mon disque Dialog mit Mozart — et tout récemment avec les trios avec piano.

Mais comparées à ce que j’ai trouvé dans le concerto de Beethoven, les erreurs « Urtext » des œuvres de Mozart étaient assez insignifiantes. Bien qu’aucune édition ne le mentionne, il s’est avéré qu’en de nombreux endroits — en particulier dans les premier et deuxième mouvements — Beethoven a écrit une partie de violon ossia supplémentaire. Lorsque Beethoven ne voulait pas utiliser ce qu’il avait écrit, lorsqu’il commençait une mélodie et décidait de l’écrire autrement, il la barrait. Avec beaucoup de passion. Mais dans ce concerto, il a très souvent laissé subsister deux possibilités.

Cette autre version n’offre pas toujours un matériau musical nouveau — le plus souvent, elle montre différentes possibilités pour le même matériau. Jouer un arpège répété en la majeur en triolet ou divisé en quatre ne fait aucune différence musicale. Je suppose donc que Beethoven — qui écrivit ce concerto pour Franz Clement, konzertmeister et directeur de l’orchestre au Theater an der Wien — a choisi avec le soliste quelle version irait à l’impression. Beaucoup de passages auraient d’ailleurs été trop aigus, trop difficiles.

En revanche, certaines alternatives offrent réellement un matériau nouveau — ainsi le début du développement du premier mouvement, où, à l’un des moments les plus transparents et les plus magiques de la musique classique, une autre gamme se déploie, bien plus joueuse et curieuse, avec des combinaisons harmoniques plus tendues. Autrement que nous en avons l’habitude ; une autre atmosphère naît.

Daniel Auner

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